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Le dernier vendredi de février, nous assistions, stupéfaits, retransmise en mondovision, à l’incroyable altercation entre Volodymyr Zelensky et Donald Trump accompagné de son aboyeur en chef, J.D. Vance, manifestement agacé par la tenue vestimentaire de son visiteur. Patatras, les Grands de ce monde interloqués réagissaient aussitôt au coup de tonnerre brutal et inattendu – encore que ! – provoqué dans le bureau ovale de la Maison Blanche par le Président américain, décidément imprévisible – deuxième encore que ! -.
Le courageux Volodymyr Zelensky venait plaider la cause de son peuple et de son pays face à l’inébranlable posture de l’insondable nouveau Tsar de toutes les Russies, cet empire qu’il rêve de restaurer. « Coup d’éclat, un clash historique, la grande fracture, le piège américain, … », la presse et les média d’information unanimes restent sidérés par l’accueil pour le moins discourtois réservé par le Président américain à son hôte. Coup de chaud ou traquenard, allez savoir !
Le lendemain, à l’occasion du salon annuel du livre de Naves, une petite commune de quelques 2300 âmes à cinq kilomètres de Tulle, en Corrèze, était invité dans l’une des deux librairies de la ville le journaliste Claude Sérillon, pour une lecture de ses poèmes accompagnée des créations musicales d’une artiste locale nouvellement impatriée ! Devant quelques aficionados attentifs, dans un calme complice, on se laissait doucement emporter par le charme et la douceur de l’instant. Un chien s’assoupissait, bercé par les mots et la musique, un petit enfant s’apaisait dans l’harmonie ambiante. Un moment privilégié suspendu hors du temps, hors des bruits de la ville, hors des vacarmes du monde, et très loin de Washington.
Ce Salon du livre de Naves, les « Mille et une pages », rassemble chaque année dans la salle polyvalente des auteurs souvent locaux habitués de l’exercice. Romans, histoires, polars limousins, livres pour enfants côtoient quelques poètes et l’on attendait le dernier opus du député du coin, un certain François Hollande. Mais il était absent ce jour-là, les circonstances internationales le retenant évidemment dans la capitale.
Presque chaque semaine, partout en France, le moindre village organise ainsi une rencontre littéraire, une signature, un « salon ». Rien à voir, bien sûr, avec la foire du livre de Brive, le Livre sur la place de Nancy ou les Étonnants Voyageurs de Saint Malo, mais tous attirent des lecteurs curieux et attentifs. Chacun repart avec un, deux ou trois ouvrages. Le livre et la lecture ne se portent donc pas si mal dans ce pays, contrairement aux dire des oracles et experts germanopratins !

Au même moment, Donald Trump entamait ce samedi sa partie de golf hebdomadaire. On n’a malheureusement pas dévoilé son score, mais on peut raisonnablement penser que le sérieux épisode de la veille ne l’a pas affecté plus que ça.
Toujours est-il que dès le lendemain les chefs d’États européens, rejoints par leurs homologues scandinaves, turcs et canadiens se réunissaient à Londres en urgence autour de Zelensky, et décidaient de faire les fonds de tiroirs pour bâtir enfin une défense européenne commune. Ils se sont rendu, dès le jeudi suivant, à Bruxelles pour un sommet programmé de longue date, des membres de l’Union européenne. On cherche 800 milliards. On discute de la taille et de la forme du parapluie (nucléaire). Les chancelleries s’agitent. Les téléphones chauffent, les puissants communiquent et la riposte tente de s’organiser. L’Europe se réveillerait-elle ?
Au même moment, le « patron américain » coutumier de revirements improvisés (ou pas ?) révise ses menaces douanières envers le Canada et le Mexique et le dirigeant ukrainien, contraint, revient « à Canossa » vers des américains prêts à reprendre, sur fond de terres rares, les discussions pour un « deal » préalable à une paix durable. Il y a bien longtemps qu’on n’a pas entendu Vladimir Poutine, qui doit observer et savourer les tribulations du monde occidental. Qu’en pense monsieur Xi Jinping ? C’est à n’y rien comprendre.
Au café du village, loin de toute cette agitation, on commente le dernier salon de l’agriculture, on se réjouit de la victoire du SC Tulle au rugby (21-13), on savoure les prémices d’un printemps annoncé par l’éclosion de jeunes bourgeons, on déplore le décès d’une « figure » emblématique du pays. Et si l’on aborde avec une distance silencieuse les soubresauts du monde, on ne sait plus du tout le refaire comme à l’habitude. On hésite à se remémorer même à demi-mot ce que les anciens nous ont raconté de la dernière guerre. Surtout ne pas insulter l’avenir !
Le Président français s’adresse à la nation avec une grande solennité. Il désigne clairement un adversaire, la Russie. Presque churchillien, il n’est pas loin de promettre du sang et des larmes, et s’efforce de convaincre qu’évidemment nous ne devons plus désormais attendre de percevoir les « dividendes » de la paix sur lesquels nous vivions. « Les temps ont changé ». Sans doute durablement.
Notre bonne vieille terre bien cabossée ne tourne plus vraiment rond, et la folie des hommes les empêche malheureusement d’en prendre soin.