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Tadej Pogačar a de nouveau été battu dans Milan-San Remo ce samedi, confirmant qu’il a bien un talon d’Achille, une faiblesse qui lui donne une dimension humaine et évite que sa domination de super-héros ne lasse les amateurs de cyclisme.
On se souviendra longtemps de sa saison 2024 : 25 victoires en 58 jours de course, sur tous les terrains. Il avait brillé aussi bien dans les plus prestigieuses courses d’un jour — les fameux “Monuments” que sont Liège-Bastogne-Liège et le Tour de Lombardie — que dans les épreuves par étapes, avec un historique doublé Giro d’Italia – Tour de France. À l’automne, il avait encore écrasé la concurrence en remportant le titre de champion du monde, après une échappée magistrale de plus de 100 kilomètres. Une telle domination rappelle celle d’Eddy Merckx, surnommé en son temps le « Cannibale », dont Pogačar est désormais considéré, à 26 ans, comme le digne successeur.
Déjà victorieux sur les chemins toscans des Strade Bianche début mars, il semblait parti sur les mêmes bases cette année. Pogacar entretient même le suspense sur sa possible première participation à Paris-Roubaix, début avril, dans un enfer de pavés, a priori peu adapté à sa morphologie.
Le message adressé à ses rivaux est limpide : en 2025, le glouton slovène entend poursuivre sa razzia, viser un quatrième Tour de France, s’attaquer aux grandes classiques encore absentes de son palmarès, et conclure sa saison en beauté avec un nouveau succès au championnat du monde, qui se disputera sur un tracé montagneux au Rwanda, terrain idéal pour ses talents de grimpeur-puncheur.

Mathieu van doer Poel 1er, Fillipo Ganna 2è, Tadej Pogačar 3è
Les amateurs de cyclisme oscillent quant à eux entre l’admiration pour ce prodige au tempérament insouciant et attachant, et l’inquiétude qu’une telle domination suscite inévitablement — surtout dans une discipline où les révélations de dopage sont parfois par le passé venues anéantir les palmarès et briser les rêves des supporters.
C’est aussi pour cela que le dénouement de ce Milan-San Remo est une bonne nouvelle. La course continue d’échapper à Pogačar. Comme en 2024, il a été battu sur le fil — et par le même homme : Mathieu Van der Poel. L’an passé, le Néerlandais a favorisé la victoire d’un équipier après avoir annihilé les offensives du Slovène. Cette fois encore, il a contrôlé les attaques de Pogačar avant de le dominer au sprint sur la ligne d’arrivée de la Via Roma.
Milan-San Remo a beau être la classique la plus longue de l’année, elle est aussi la moins sélective et la plus imprévisible. C’est précisément ce qui en fait un défi à la hauteur de la légende de Pogačar — et la promesse d’un feuilleton captivant qui nous tiendra en haleine au moins jusqu’à l’an prochain.