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Alors que le Salon de l’agriculture vient de fermer ses portes à Paris, le secteur français et européen restent sous forte tension. Quel avenir économique pour les exploitants agricoles indépendants, toujours pris en étau entre la charge normative, la pression à la baisse des cours de leurs produits et des politiques d’achat des grandes centrales, les hausses des prix de l’énergie et des intrants, et l’inflation que seul le « dumping » de la Russie, premier exportateur d’engrais azotés vers l’Europe, semble compenser ?
La question est d’autant plus cruciale que notre Continent dispose d’une opportunité historique de renforcer tous les pans de sa souveraineté et de sa sécurité : énergétique, militaire mais aussi – et surtout - alimentaire. La survie de nos agriculteurs et la préservation de notre souveraineté alimentaire sont intrinsèquement liées à notre capacité à décarboner le secteur des engrais et la filière agricole, sous réserve d’en faire l’occasion de mieux contrôler l’équation économique, de la graine à la baguette de pain. Une équation que les réglementations européennes et françaises doivent pouvoir résoudre en améliorant les mécanismes en cours de déploiement - tels que le Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM), ou les taxes douanières sur les engrais azotés importés – pour leur permettre de faire émerger des filières résilientes et souveraines.
Les agriculteurs, déjà fragilisés ont été durement affectés ces dernières années par les crises successives des filières animales puis par le COVID-19. Le panorama est d’autant plus inquiétant que la paupérisation et le désinvestissement agricole s’accentuent : en France, le nombre d'exploitations agricoles a diminué de 20 % entre 2010 et 2020, passant de 490 000 à moins de 390 000 tandis que le nombre d’agriculteurs actifs est tombé sous la barre des 400 000 en 2020, contre 1,6 million d’agriculteurs en 1970. Le nombre de faillites agricoles a augmenté de 30 % en 2023, ce qui est lourd de conséquences sociales et humaines, avec un taux de suicide 20% plus élevé que la moyenne nationale (un suicide tous les deux jours). Cette tendance se reflète également à l’échelle européenne, où l’Union a perdu 37 % de ses exploitations agricoles entre 2005 et 2020.
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